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Pourquoi je ne signerai pas la pétition demandant la démission de Radouane Bouhlal

22/11/2009 21 commentaires

Si je peux souhaiter la fin de l’ère Bouhlal, je ne peux en revanche pas me résigner à laisser le MRAX et la lutte antiraciste aux mains des Frères musulmans sans rien dire. Car le risque est bien là.

Je ne signerai pas la « pétition pour la démission du président du MRAX, Monsieur Radouane Bouhlal ». Pourtant, je partage l’inquiétude des initiateurs de ce texte, comme de nombreux autres démocrates, au demeurant. Il faut dire que les crises que traverse le MRAX actuellement ne peuvent laisser indifférents les antiracistes, quels qu’ils soient.

La crise interne, d’abord. Des grèves, des licenciements, des départs, une gestion chaotique, un management autoritaire… c’est sûr, le MRAX connaît d’importants problèmes de management. C’est le moins que l’on puisse dire. La crise de fond, ensuite. Avec les dérives communautaristes et différentialistes, maintes fois dénoncées, notamment par des militants et administrateurs historiques qui, pour la plupart, auront préféré quitter le navire pour le laisser chavirer au loin.

Ce qui précède suffit largement à légitimer le souhait de voir démissionner le président. Mais une question s’impose alors: que se passera-t-il quand R. Bouhlal sera mis en minorité et sera obligé de passer la main? À qui iront les rennes de notre principal mouvement de lutte contre les racismes? Ces questions trouveront nécessairement réponses dans les jeux de pouvoir internes à l’assemblée générale et, a fortiori, au sein des membres effectifs qui, seuls, élisent le conseil d’administration.

Et ces rapports de forces ne manquent pas d’inquiéter. Dès 2004, puis en 2007, R. Bouhlal s’est entouré de divers « compagnons de route » pour s’assurer une (ré)élection sans (trop d’)entraves. Parmi ces nouveaux compagnons: Nordine Saïdi et ses amis de la liste Egalité ou de son collectif Free Palestine. Son exclusion récente du bureau, pour avoir tenu ou relayé sur son blog des textes « glissant vers l’antisémitisme et le négationnisme », l’élimine plus que probablement et fort heureusement de cette future bataille interne.

Mais bataille, il y aura. Car, certes, R. Bouhlal a encore quelques supporters, mais sa position est fortement affaiblie suite à l’exclusion de N. Saïdi. Ses rangs, autrefois bien serrés, commencent à se fissurer. Au grand bonheur de ceux qui se verraient bien prendre sa place. Parmi ceux-ci, et même si l’on en parle peu, un nom semble tout de même se dégager: celui de Michaël Privot.

Ce nom n’évoque pas grand chose à la majorité d’entre nous. Et pourtant, il devrait. Car les vents lui étant devenus favorables, il se profile déjà comme candidat potentiel à la succession de la présidence. Et si je peux souhaiter la fin de l’ère Bouhlal, je ne peux en revanche pas me résigner à laisser le MRAX et la lutte antiraciste aux mains des Frères musulmans sans rien dire. Car le risque est bien là.

Michaël Privot n’est en effet pas seulement « tendance » Frères musulmans, il est Frère musulman, comme il l’annonce sans complexe courant 2008 dans une carte blanche publiée dans Le Soir et intitulée « Frères musulmans: l’heure du coming out! ». Ce jeune converti a le CV-type du « cadre » Frère musulman: intellectuel (il est islamologue et chercheur à l’ULg), il s’est aussi largement investi dans l’associatif et les ONG, notamment dans la lutte contre le racisme. Il est ainsi actuellement responsable Réseau et campagne au sein de l’ENAR, le Réseau européen contre le racisme. (Et, y a pas à dire, ça, ça doit aider à acquérir rapidement une certaine légitimité au sein du MRAX.) Avant cela, il a travaillé au sein du FEMYSO (Forum of European Muslim ans Youth Organisations), un organisme, issu des Frères musulmans, qui regroupe au niveau européen des organisations de jeunesse musulmane et dont le siège est situé à Bruxelles. Il y était responsable des Institutions européennes et des ONG (autant dire qu’il s’y connaît en matière de lobbying!), il en est maintenant membre du conseil d’administration. Jouant la carte de la proximité, Michaël Privot s’investit également dans la vie locale. Il est ainsi administrateur du CECIV (Centre éducatif et culturel islamique de Verviers), qui abrite la mosquée Assahaba, l’une des mosquées les plus grandes de Wallonie. Inaugurée, il y a quelques années seulement, cette mosquée s’est rapidement imposée et a rassemblé une large part de la communauté musulmane pratiquante de Verviers et ses environs. Le CECIV n’a pas eu de difficulté non plus à s’imposer auprès des autorités de la Ville comme un interlocuteur « de choix », porteur d’un message réformé de l’islam. Il faut dire que les différentes mosquées salafistes de la régions lui ont, de par leurs excès, facilité la tâche dans ce positionnement.

C’est ce jeune homme, au discours séduisant (1), que l’on risque de voir prendre la tête du MRAX aux prochaines élections internes. Je préfèrerais évidemment ne pas voir ce moment arriver. Mais ce n’est pas gagné. Les alliances ne sont plus ce qu’elles étaient. R. Bouhlal est affabli, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son mouvement. Beaucoup souhaiteraient sa tête. Mais peu s’interrogent sur l’ « après-Bouhlal ». Or, l’enjeu, il est là.

Voilà pourquoi je ne signerai donc pas cette pétition.

Sophie François

(1) Parlez-lui de laïcité (politique), parlez-lui d’égalité, son discours vous séduira. Entamez la discussion sur la mixité et, là, les divergences apparaîtront. Et en tant que progressiste, je ne peux me résoudre à m’assoir sur ce principe.

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