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L’antiracisme en crise

@ Regards

Le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX) est confronté à une crise identitaire depuis quelques années. Comment concilier la vision universaliste des intellectuels progressistes et les aspirations identitaires des jeunes issus de l’immigration ? Tel est le problème que le très controversé Président du MRAX ne parvient pas résoudre.

Le MRAX se porte mal. Un nombre anormal de permanents y ont été licenciés, une grève a éclaté l’année même de ses 60 ans et de nombreux militants ont quitté cette référence historique du combat antiraciste. Un site internet (sauvonslemrax.blogspot.com) a même été créé pour dénoncer son évolution depuis l’accession à la présidence de Radouane Bouhlal en 2004. En apparence, on se situe face à un problème de fonctionnement qui pourrait surgir au sein de n’importe quelle association. Selon un ancien administrateur qui a pris ses distances depuis peu, « le MRAX a toujours eu un problème structurel de gestion et d’autorité. Il existait bien avant l’accession à la présidence de Radouane Bouhlal. Mais ce dernier est arrivé avec beaucoup d’énergie et d’envie de bien faire, et peut-être trop d’autoritarisme ».

Défense de l’islam et du voile

Cette crise doit être replacée dans le contexte plus large du mouvement antiraciste européen. Elle est le produit d’une tension entre deux dimensions de la lutte antiraciste de plus en plus difficiles à concilier : l’antiracisme comme l’affirmation universaliste du droit à la ressemblance ou l’indifférence et l’antiracisme envisagé comme la proclamation du droit à la différence. La conception universaliste est portée par des élites progressistes qui ont longtemps dominé le mouvement antiraciste.
« On a assisté à l’émergence de personnes issues des communautés immigrées qui souhaitaient prendre directement leur sort en main, mais sans s’en remettre pour leur défense à la seule sollicitude de cette élite », explique Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue Politique et ancien administrateur du MRAX. « Cela a suscité des clivages importants car ces nouvelles figures envisageaient différemment le combat antiraciste. La Belgique n’a pas échappé à cette division. Au sein du MRAX, une nouvelle génération issue de l’immigration, incarnée par le président actuel, Radouane Bouhlal, occupe désormais presque tout l’espace ».
Cette nouvelle génération considère que le facteur religieux doit être inclus dans la lutte contre le racisme. Cela pose toutefois de nombreux problèmes car on entre dans des débats délicats qui exigent la clarté sur toute une série de notions encore très floues.
La question de l’islam, sur laquelle le président du MRAX intervient souvent, constitue une réelle tension au sein de la société qui ne doit pas être traitée sous l’angle de la lutte antiraciste aux yeux d’une part importante « d’anciens » du MRAX. Pour certains, comme Anne Morelli, professeur d’histoire des religions à l’ULB et ancienne administratrice du MRAX, ce nouveau positionnement s’apparente à un repli communautaire qui ne correspond pas au projet des fondateurs : « Le MRAX s’est recentré sur la défense des musulmans. Il est devenu un lobby d’autodéfense d’un groupe particulier et ne s’intéresse plus guère aux autres questions. Il met toutes ses forces à défendre l’islam et le voile. Ce n’est absolument pas mon combat. C’est même exactement l’inverse de ce que je conçois en matière de lutte contre le racisme  ». De nombreux militants laïques regrettent d’ailleurs le ton accusateur du MRAX à l’égard de la laïcité. Ceux qui ont observé cette évolution de près prennent pourtant soin de rappeler que cette orientation plus communautariste s’est développée bien avant Radouane Bouhlal, sous l’impulsion de la présidente Thérèse Mangot et de la directrice Carole Grandjean. « C’est avec elles que le MRAX s’est investi dans la défense du droit des lycéennes de porter le foulard à l’école. Ce qui a provoqué une première vague de ruptures de personnes en désaccord sur le fond », rappelle Henri Goldman. « Une deuxième vague de ruptures fait suite à l’arrivée de Radouane Bouhlal à la présidence qui marquait l’irruption d’un leadership arabo-musulman dans une association antiraciste. A partir de là, la composition ethnoculturelle du MRAX, alors majoritairement “belgo-belge”, voire judéo-chrétienne, a commencé à changer. Le recrutement s’est fait essentiellement en direction des populations arabo-musulmanes ». Radouane Bouhlal assume ce repositionnement : « Je ne pense pas avoir rompu avec l’histoire du mouvement. Il fallait qu’il redevienne un mouvement populaire et offensif comme il le fut dans les années 70 et 80 lorsqu’il proposait des mesures comme une loi contre le racisme ou un statut pour les étrangers ».

Une organisation personnalisée

Si tout le monde constate une focalisation du MRAX sur le facteur religieux, Radouane Bouhal estime pourtant qu’il n’a pas transformé le mouvement en un lobby de défense de l’islam : « Lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, je suis entré en conflit avec l’Union des mosquées de Bruxelles qui suggérait l’adoption d’une loi interdisant le blasphème. Nous leur avons clairement dit qu’elle se trompait. Il est inadmissible de discriminer ou de stigmatiser des personnes musulmanes, mais l’islam en tant que religion peut être critiqué comme toutes les autres religions ».
Cette prise de position n’a cependant pas empêché le MRAX de poursuivre devant le Conseil d’Etat des écoles n’autorisant pas le port du voile islamique. De nombreux sympathisants du MRAX partageant pleinement ses conceptions en ce qui concerne les signes religieux et les « accommodements raisonnables », ont toutefois le sentiment que ce mouvement antiraciste a négligé d’autres problématiques importantes. « La question des sans-papiers et celle des étrangers en situation irrégulière constitue un aspect important de la lutte contre la xénophobie qui doit être poursuivi au même titre que la lutte contre le racisme », déclare Nicole Mayer, sociologue et ancienne administratrice du MRAX. «  Depuis quelques années, j’ai essayé de défendre ce point de vue auprès du conseil d’administration. J’ai été écoutée mais pas entendue ». Sans nier l’importance de la défense des sans-papiers, le président du MRAX admet que la lutte contre les discriminations doit être la priorité du mouvement : 
« Le MRAX s’est désinvesti de la problématique des sans-papiers parce qu’il fallait se réinvestir dans la lutte contre les discriminations au quotidien. La question des sans-papiers demeure néanmoins toujours essentielle pour le MRAX : nous avons mis en place une task force sur la régularisation qui propose une aide aux sans-papiers dans leur procédure, et nous avons étendu les heures de nos permanences jusqu’à 20h ».
Personne ne conteste que des divergences idéologiques ou stratégiques puissent exister au sein d’un mouvement antiraciste. «  Mais cela devient intenable lorsque le président considère les orientations du MRAX comme ses orientations personnelles et veut à lui seul incarner l’organisation. C’est à ce stade que les divergences idéologiques rejoignent le problème de gestion interne du MRAX », regrette Nicole Mayer. La personnalisation n’est pas pour autant mauvaise en soi si le président parvient à dynamiser le mouvement et lui donner un souffle nouveau. « Qui se souvient du MRAX d’avant Radouane Bouhlal ? », s’interroge un jeune sympathisant. « Il fallait incontestablement réveiller les militants et prendre les choses en mains mais Radouane Bouhlal a été emporté dans son élan. Il est allé beaucoup trop loin dans la personnalisation. C’est une bonne chose d’avoir une figure identifiable mais il ne faut pas tomber dans l’excès ».

Fuite des intellectuels progressistes

Cette personnalisation du MRAX a accéléré l’inflation de critiques à l’égard de Radouane Bouhlal. Parmi celles-ci, ses relations trop étroites avec le pouvoir marocain reviennent souvent. Pour Henri Goldman, le style de la présidence a incontestablement changé : « Il renvoie à une personnalité clivante. Ce qui peut créer des phénomènes de rejet chez les uns et d’adhésion forte chez les autres. Ce que le MRAX a gagné en légitimité auprès de l’immigration arabo-musulmane, il l’a perdu auprès d’intellectuels progressistes qui sont partis, bien qu’ils n’aient pas forcément de désaccords sur le fond. Or, on ne peut imaginer un mouvement qui ne fonctionne que sur un seul pied. Les intellectuels progressistes, riches de leur expertise, doivent pouvoir coexister avec des jeunes issus de l’immigration. Si cette coexistence devait se révéler impossible, le MRAX n’aurait pas d’avenir ».
Le malaise est réel, d’autant plus que la passion est si forte que toute manifestation d’autorité prend une dimension identitaire qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Le problème structurel de gestion et l’hyper-présidence de Radouane Bouhlal n’ont malheureusement pas permis d’envisager sereinement le problème de la place du religieux dans la lutte contre le racisme. Personne n’a encore trouvé la baguette magique pour traiter correctement les discriminations religieuses dans le cadre des discriminations raciales sans en faire trop et surtout, sans remettre en cause les principes de laïcité.

Nicolas Zomersztajn @ Regards, 06/10/2009

Le voile pourra être interdit à l’école

@ LeSoir.be

Le Conseil d’État a débouté le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie : il estime qu’interdire le voile islamique à l’école rencontre le principe d’égalité et de fraternité et n’est donc pas discriminatoire.

Interdire le port du foulard islamique à l’école n’est pas discriminatoire. Ce serait même tout l’inverse, estime le Conseil d’État. Le 17 mars dernier, sa XIe chambre a ainsi rejeté la requête introduite, en octobre 2005, par le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (Mrax), qui demandait l’annulation du règlement d’ordre intérieur (ROI) interdisant dans deux athénées du Hainaut (Vauban et Gilly) le port de « tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse » dans l’enceinte de l’établissement.

Le Mrax estimait que ce ROI, modifié à la veille de la rentrée scolaire et approuvé par la ministre de l’enseignement de l’époque (Marie Arena, PS), était porteur de discriminations directes (il portait atteinte aux droits fondamentaux des élèves musulmans) et indirectes (derrière le terme « couvre-chef », c’était le seul foulard islamique qui était visé).

Le Mrax avait donc décidé d’attaquer le gouvernement de la Communauté française (PS-CDH) devant le Conseil d’État. Qui vient de rejeter cette requête jugée « irrecevable », en condamnant le Mrax à payer les frais judiciaires (deux fois 175 euros).

Pour la haute juridiction, le règlement interdisant le foulard dans ces deux athénées est « loin de porter atteinte à l’objet social de la requérante » (le Mrax, donc). Au contraire : « Elle a pour effet de le rencontrer et de le conforter. »

L’objet social du Mrax ? C’est notamment la lutte contre le racisme et toutes formes de discriminations (basée sur la race, la nationalité, la langue, etc.). C’est aussi de « faire triompher l’amitié et la paix entre les peuples et promouvoir l’égalité et la fraternité entre les êtres humains ». Donc, pour le Conseil d’État, en interdisant le voile, les écoles rencontrent et renforcent le principe d’égalité et de fraternité…

« Cette décision est idéologique, orientée et antidémocratique, réagit vigoureusement le président du Mrax, Radouane Bouhlal. Le Conseil d’État prend une position de fond, mais ne permet pas de débat contradictoire. »

Du côté du ministre de l’Enseignement, Christian Dupont (PS), « on ne souhaite pas commenter une décision de justice ». Le cabinet restant sur la ligne adoptée depuis le début de la législature : « On fait confiance aux pouvoirs organisateurs pour prendre les règlements qu’ils jugent bons en fonction de la réalité locale et du projet d’établissement. » Aujourd’hui, en Communauté française, une grande majorité des écoles officielles interdisent le foulard islamique (lire ci-dessous) en invoquant des motifs divers : principe de neutralité, risque de prosélytisme, organisation et sécurité, etc. Ces interdictions sont peu ou mal motivées. Et, pour bon nombre d’élèves musulmanes voilées, trouver une école publique qui les accepte relève du casse-tête…

Pétition, actions en référé, mobilisation de parents… Ces dernières années, quelques cas d’école ont été très médiatisés (Vauban, Gilly, Bruxelles…). Relançant à chaque fois le débat entre laïques radicaux (désireux d’une loi d’interdiction pure et dure, comme en France) et les défenseurs d’une école davantage ouverte.

Pour Radouane Bouhlal, président du Mrax, « il y a une chape de plomb sur ce dossier. Ni le ministre compétent, ni le parlement, ni les tribunaux ne veulent d’un débat serein sur cette question. Et dans les faits, il y a depuis 2004 une loi anti-foulard qui cache son nom en Belgique ! »

Quoi qu’il en soit, le Mrax envisage de porter le dossier devant la Cour européenne des droits de l’homme, voire du Comité des droits de l’homme de l’ONU. Son conseil d’administration prendra position lors d’une réunion fixée le 22 avril.

Hughes Dorzée

Chronologie d’une année désastreuse

@ Sauvons le MRAX!

[Texte distribué à l’occasion de l’AG de juin 2005, au cours de laquelle l’assemblée refusera de voter le rapport moral…]

• 24 avril 2004. Assemblée générale et élection du nouveau conseil d’administration.

• 11 mai 2004. Première réunion du nouveau CA et nomination surprise de R. Bouhlal au poste de président. Il déclarera publiquement d’une part, n’avoir jamais pensé à se présenter avant cette première réunion du conseil d’administration et, d’autre part, « avoir refusé d’être l’Arabe de service ».

• 12 mai 2004. Communiqué rédigé par R. Bouhlal annonçant son élection qui « ouvre une nouvelle page dans l’histoire du MRAX : celle d’être présidé, pour la première fois, par une personne de la seconde génération ». Indignation devant une affirmation inexacte et égocentrique, perçue par beaucoup comme une récupération communautariste.

• 23 juin 2004. Assemblée générale extraordinaire, convoquée à la demande de membres inquiets de la manière dont le CA entend gérer l’association. Après des débats houleux, se jugeant incapable de juger après si peu de temps, une majorité décide de voter la confiance au CA moyennant (notamment) une modification de la composition du Bureau.

• Septembre 2004. Annonce du départ de la directrice Carole Grandjean qui dénonce des « mensonges et des manipulations en tous genres » de R. Bouhlal et affirme que « le harcèlement insidieux et incessant que [lui] a fait subir Radouane [l]’a démoli physiquement et psychologiquement ». L’adjointe à la direction, Marie Van Kersbilk, demande une pause carrière d’un an et dénonce pour sa part les méthodes de travail du président : « A tout moment et à tout sujet, Radouane a refusé de reconnaître la moindre expertise à quiconque (…), a refusé la négociation, la réflexion collective, le travail d’équipe… Il a réduit le rôle de la directrice, et a fortiori le mien, à celui de simples exécutantes ».

• Octobre 2004. Ateliers de travail sur les « axes programmatiques » de l’association. Certains déjà dénoncent l’envoi de convocation systématiquement à la dernière minute, ce qui réduit considérablement la possibilité de débat, et la précipitation dans laquelle sont menées les discussions.

• 20 novembre 2004. Assemblée générale : débats houleux sur la proposition d’axes programmatiques, jugés inaboutis et soulevant des questions de fond importantes sur lesquelles aucun consensus ne se dégage. Bernard Hengchen dénonce la politique du vide initiée par R. Bouhlal et démissionne de son poste de trésorier.

Le débat relatif au point des axes programmatiques traitant des discriminations religieuses révèle des positions divergentes, notamment quant aux limites de l’implication du MRAX sur cette question. Une proportion importante de l’AG est opposée à la position défendue par le CA sur les questions de discriminations religieuses. Le CA s’engage ne pas mettre en œuvre ce point tel qu’il est formulé dans les axes. Il est décidé qu’un groupe de travail se réunisse à bref délai pour réfléchir aux enjeux du débat et préparer une position à soumettre aux membres de l’AG. Ce groupe de travail se réunira pour la première fois en juin 2005, soit une semaine avant l’AG.

• Novembre-décembre 2004. En l’absence de direction, R. Bouhlal obtient du CA la tâche d’animer lui-même les réunions d’équipe, en laissant entendre aux administrateurs que la demande vient des permanents eux-mêmes. Ce qui est faux et source de nouvelles tensions.

• Décembre 2004. Le contrat du bénévole s’occupant de refaire la plaquette de présentation du Mrax se terminant, il devient urgent d’en finaliser le texte. Najwa demande que le texte soit mis à l’ordre du jour du CA. R Bouhlal refuse et corrige lui-même le texte. La plaquette devait s’ouvrir sur une citation de Taguieff, choisie parmi d’autres propositions après un vote au sein de l’équipe des permanents. La citation ne lui plaît pas : Taguieff est trop « connoté sioniste ». Il en choisit une autre.

• Décembre 2004. Luc Malghem est contacté par la Communauté française et par une association antiraciste québécoise afin de susciter des candidatures pour la Semaine d’Action contre le Racisme à Montréal, en mars 2005. Alors qu’il n’a jamais été demandé au Mrax de sélectionner les candidats, mais bien de susciter des candidatures, à charge pour le jury montréalais de les trier, R. Bouhlal décide unilatéralement que le Mrax choisira les candidats. Il figure évidemment parmi les candidats retenus.

• Décembre 2004. Courrier des permanents à R. Bouhlal, tenant de lui faire prendre conscience de la manière autoritaire et dénigrante dont il gère l’équipe. Dans un souci de dialogue, cette lettre n’est adressée qu’à lui. Il y est demandé de ne pas y voir la marque d’une résistance au changement (argument inlassablement opposé aux critiques) mais bien une démarche constructive. Après une discussion tendue avec les permanents, R. Bouhlal finit par proposer que le nouveau directeur-adjoint, Gino Ebwele, anime dorénavant les réunions d’équipe dans l’attente d’un(e) directeur (trice).

• 14 décembre 2004. Les axes programmatiques sont votés en bloc par l’AG. Certains permanents votent contre, et pour cause : la plupart de leurs remarques écrites sur le texte ont été balayées par R. Bouhlal, qui a pris sur le lui de décider seul celles qui lui semblaient pertinentes.

• 22 décembre 2004. Conseil d’administration : dans un souci de « transparence », R. Bouhlal évoque le courrier « confidentiel » que lui ont adressé les permanents. Il présente la lettre des permanents comme la marque d’une résistance au changement et du désir de certains de garder leurs privilèges.

Remarque : ce PV est l’un des deux seuls qui auront pu être consultés par les permanents. La personne l’ayant communiqué fera d’ailleurs l’objet d’une réprimande de la part de R. Bouhlal.

• 22 décembre 2004. Au cours de la même réunion du CA, il est demandé aux permanents et aux administrateurs de réagir à une résolution condamnant l’antisémitisme, dite résolution « Teitelbaum ». Il a été prévu et souligné dans ce même PV que, s’il y a désaccord sur ce sujet sensible, il y aura débat collectif. Deux mois plus tard, R. Bouhlal justifiera par l’urgence le choix de décider seul de la position du Mrax.

• Décembre 2004. Procédure d’engagement du nouveau directeur. Après une première sélection, huit candidatures sont retenues. Parcourant la chemise contenant les CV des huit candidats, R. Bouhlal soutient qu’un permanent a dû substituer une des candidatures, qu’il juge trop mauvaise, et décide de la remplacer par une autre, qui ne figurait pas parmi la première liste. Gino Ebwele, directeur-adjoint, s’y oppose.

• Janvier 2005. Procédure de recrutement du directeur. Au mépris des statuts prévoyant la présence du directeur-adjoint au CA, R. Bouhlal interdit à Gino Ebwele de participer au CA convoqué pour nommer le directeur. Il le présente comme « empêché » aux administrateurs qui s’étonnent de son absence. Par ailleurs, Gino Ebwele sera noté présent dans le PV du CA. Didier de Laveleye est retenu comme directeur.

• Janvier 2005. Annonce du départ de Marianne Gratia qui dit espérer que le MRAX traitera des problématiques liées à son objet social en tenant compte des positions de chacun, dans le cadre d’un processus transparent et d’un fonctionnement démocratique, regrettant que ce ne soit plus le cas depuis plusieurs mois. Son départ sera présenté en CA comme la volonté de ne pas manquer une réelle opportunité professionnelle.

• Janvier 2005 : demande de Christian Désert de partir en pause carrière à temps plein à partir du 1er avril.

• Février 2005. Pierre-Arnaud Perrouty démissionne et, dans une lettre au CA, dénonce « la vision personnalisée du pouvoir » de R. Bouhlal, « le manque de transparence dans les processus de décisions » et une « gestion catastrophique des ressources humaines ». Aucune réponse du CA à ce courrier alors que certains points précis sont soulevés, comme la demande jamais rencontrée des permanents de pouvoir consulter les PV des CA, comme la loi et les statuts le prévoient. Sa démission sera présentée comme le résultat de la déception de ne pas avoir été retenu comme directeur.

• Février 2005. Procédure de sélection des deux juristes. Christophe Delanghe, bénévole depuis plusieurs mois, est engagé. Sans motif sérieux et alors que plusieurs candidats licenciés en droit avaient été présélectionnés (condition d’embauche selon l’offre d’emploi), le deuxième poste à pourvoir est attribué à un gradué, sous réserve d’acceptation de l’Orbem de voir cet emploi déqualifié. Parmi les candidats licenciés en droit, plusieurs avaient témoigné de leur engagement et compétences durant le stage ou le volontariat qu’ils avaient récemment effectué au sein de l’association. Résultat : un emploi perdu pendant quatre mois.

• 22 février 2005. R. Bouhlal envoie un courriel dans lequel il demande à tous de relire (dans l’heure) son projet de réaction à la proposition « Teitelbaum » (voir aussi : 22 décembre 2004 et 23 février 2005). Ignorant les protestations de certains administrateurs et permanents, il prend sur lui, au nom de l’urgence, de décider tout seul que la position du Mrax : réclamer que l’on supprime purement et simplement dans cette proposition de résolution toute référence à l’antisémitisme. Rappelons que la position du Mrax sur la non-spécificité de l’antisémitisme n’a jamais fait l’objet du moindre débat. Les employés qui tenteront de faire valoir leur avis par mail seront taxés de polémistes.

• 23 et 24 février 2005. Suite à plusieurs courriers de Gino Ebwele aux administrateurs dans lequel il s’inquiète du peu de cas qui est fait de l’avis des permanents dans les débats internes, ce qui pourrait « inhiber toute initiative future, et finit par conduire à la résignation. », R. Bouhlal lui interdit de communiquer dorénavant directement avec eux. D’autres permanents, dont Marianne, se sont vus adresser le même reproche lorsqu’ils ont envoyé un document à l’ensemble des membres du CA, pour recueillir leur avis, remarques ou aval à propos de textes au sujet desquels la position de l’association était demandée. R. Bouhlal souhaitait que les mails des permanents ne soient adressés qu’à lui et qu’il se chargerait de les transmettre ensuite au Bureau s’il le jugeait utile.

• 23 février 2005. Suite à la position du Mrax, foire d’empoigne au Parlement bruxellois autour de la proposition Teitelbaum. On apprend par la presse que, contrairement à ses dires, R. Bouhlal a envoyé le courrier à 3h48 du matin et non à 17 heures la veille, comme il l’avait fait valoir pour écarter certaines remarques arrivées « trop tard ». Nouvelles tensions au sein de l’équipe confrontée à un mensonge flagrant.

• 3 mars 2005. Communiqué de presse du Mrax : « Affaire Remmery – Que condamne-t-on au juste ? ». Au mépris des remarques des permanents, R. Bouhlal impose une lecture strictement religieuse des problèmes de discriminations au quotidien. Rappelons que la position du Mrax relative à la question de l’islamophobie n’a jamais fait l’objet du débat promis.

Le communiqué se termine comme suit : « En amont de ce fait, le Mrax entend donc attirer l’attention de notre société sur le fait (…) qui consiste à tout simplement exclure un-e concitoyen-ne d’un emploi, d’une école, d’une discothèque, d’un logement etc. simplement parce qu’elle/il est de confession musulmane. »

• 2 mars 2005. Mise au vert : première rencontre administrateurs/permanents après des mois de crise. La rencontre, durant laquelle les permanents tentent de dénoncer la manière catastrophique dont est gérée l’association, tourne au psychodrame. Plusieurs permanents sont visiblement à bout de nerf. Certains administrateurs découvrent l’ampleur des dégâts.

• 4 mars 2005. Luc Malghem envoie un courrier au CA, dans lequel il revient sur certains problèmes dénoncés lors de la mise au vert, et s’étonne de l’indifférence du CA. Dans ce courrier, il annonce par ailleurs son intention de porter plainte pour harcèlement professionnel. Il n’aura jamais la moindre réponse du CA et ne sera jamais entendu.

• Le 15 mars 2005, Luc Malghem porte plainte auprès du Service public fédéral du Contrôle du bien-être au travail. Aucune réaction du CA.

• 23 mars 2005. Lettre du Bureau aux permanents pour les remercier de leur « franchise » et de leurs « propos musclés », présenter les excuses du président et annoncer diverses décisions, parmi lesquelles la transmission des PV des CA et des Bureaux.

• 24 avril 2005. Luc Malghem envoie un courrier au CA dans lequel il dénonce des irrégularités flagrantes dans la procédure de sélection du journaliste à engager. Il ne sera jamais entendu, n’aura jamais la moindre réponse du CA. Dans un courriel adressé aux administrateurs, le directeur traite Luc Malghem de menteur. Par retour de mail, Luc Malghem produit la copie d’un document prouvant ses dires.

• 2 mai 2005. Le directeur du Mrax annonce à l’équipe que le Bureau a décidé de licencier Luc Malghem alors que celui-ci n’est même pas au courant ! Un de ses collègues appelle Luc pour l’avertir alors qu’il est en incapacité de travail. La convocation pour le CA du soir-même est partie le matin du même jour (bien que la décision ait été prise la semaine précédente en Bureau) sans que le licenciement figure à l’ordre du jour (mention du « cas Luc »). Il a fallu que les employés téléphonent aux administrateurs pour les mettre au courant de ce qui se passait et leur demander de venir.

Le soir, le CA débat du licenciement de Luc. Occupation des locaux par les employés pendant les délibérations, menaces de grève et diffusion du tract suivant :

« Le licenciement de notre collègue Luc Malghem nous a été notifié ce matin en réunion d’équipe. (…) Nous ne nous attendions absolument pas à cette décision. Nous sommes choqués et abattus par ce procédé qui ne laisse aucune place à la médiation et au dialogue. Nous vous informons que nous contestons fermement ce licenciement et que nous n’en comprenons pas les motivations. (…) Nous sommes en colère et profondément déçus. »

Le CA décide finalement de ne pas licencier Luc.

• 2 mai 2005. Lors du même CA, demande est faite de reporter au 18 juin l’Assemblée générale initialement prévue le 28 mai. Motif invoqué : les permanents n’ont pas rentré leur rapport d’activité. Or l’énorme majorité l’avait rentré, et la décision, prise en Bureau la semaine précédente, précédait l’AG de cinq semaines, ce qui laisse penser que le réel motif de ce report était tout autre : laisser retomber la tension.

• Juin 2005. Karim Cherradi reçoit le préavis qui met fin à son contrat de remplacement. Il déplore que « la mauvaise gestion du personnel ait instauré une ambiance tendue et délétère : celle-ci a miné mon travail et mon moral ; je me sens tiraillé entre la déception de quitter mes collègues malgré moi et l’opportunité de trouver un cadre plus stable et respectueux ».

• Juin 2005. Prises de position publiques de R. Bouhlal en faveur de la pénalisation du génocide arménien. Comme toujours, « au nom de l’urgence », aucun débat sur le fond au sein du Mrax. Certains permanents manifestent leur exaspération face à une décision qui leur paraît strictement personnelle et sur la récupération politicienne qui est faite de l’« expertise » (?) du Mrax sur cette question.

• Juin 2005. De nombreux PV de CA manquent toujours au registre de l’association (trois seulement par ex. sont consultables pour l’année 2005 !). Par ailleurs, aucun Bureau n’a fait l’objet du moindre PV, au mépris de la loi sur les a.s.b.l. et malgré des demandes répétées. Depuis un an, le Mrax navigue dans l’illégalité la plus totale.

(Chronologie arrêtée au 8 juin 2005)